Je ne sais pas si tu penses à lui, parfois…
Je ne sais pas si tu repenses à ce que tu as ressenti, à ce que tu as fait, à ce que tu as tu à l’époque.
Je ne sais pas si tu prends réellement conscience de ce que tu as fait, et de tout ce que cela a engendré.
Pas pour toi. Toi, tu as la vie belle, libre, insouciante. J’espère que tu as conscience de la chance que tu as, car en France, ce que tu as fait est considéré comme une infraction pénale, passible de 5 ans d’emprisonnement à 30 ans de réclusion criminelle, en théorie.
À lui, tu as ôté toutes ses chances d’être celui qu’il aurait dû être.
Il est celui qui apprend à vivre avec les limites de son cerveau, abîmé par les dommages que tu as causés.
Il est celui qui doit fournir le double d’efforts pour suivre un rythme qui n’est pas le sien, qui ne cesse de s’adapter, à tout, tout le temps, dans un monde où il ne faut pas sortir des cases.
Il est celui qui est observé, analysé, jugé, accompagné, pour devenir la meilleure version de lui-même à l’âge adulte.
Tu sais, lui, il n’avait rien demandé.
Et il n’a pas pu se défendre face à toi.
Il n’a même pas dû comprendre ce qui se passait. Il a eu peur. Il a eu très mal. Et il n’a pas pu compter sur ses parents, la première fois où tu lui as fait du mal. C’est parce que tu as recommencé à t’en prendre à lui, au moins une seconde fois, que les symptômes sont devenus trop importants, et que nous avons compris qu’il se passait quelque chose de grave.
Depuis, nous nous efforçons de lui rendre la vie la plus belle possible, la plus joyeuse, la plus vivante.
Parce que toi, tu ne sais pas ce que ça fait d’entendre : « Votre fils est en train de mourir, il faut intervenir rapidement. »
Et je ne te le souhaite même pas, en réalité.
Parce que j’ai appris à vivre sans avoir envie de te faire autant de mal chaque jour.
Ça n’a pas été simple, crois-moi.
J’ai envisagé mille façons de te faire payer, de te faire souffrir autant qu’il a souffert, et même davantage, pour tout ce que tu nous as imposé toutes ces années.
Et puis j’ai compris que la justice n’avait rien de juste, et que ma plus belle vengeance serait la vie.
En commettant l’acte le plus horrible de ta vie, tu m’as permis de devenir la meilleure version de moi-même.
Celle qui connaît la noirceur, mais qui choisit, et choisira toujours, la lumière.
Pour lui. Pour elle. Pour nous.
Tu l’as abîmé pour toujours.
Je le rendrai heureux pour toujours.
Quand viendra l’heure du bilan, aux derniers instants de nos vies à toutes les deux,
j’aurai la résilience, la fierté et l’amour.
Et toi… qu’auras-tu ?
— une maman
